CDS France 5 ans : Analyse hebdomadaire et suivi du risque souverain

Modifié le 16 octobre 2026 par epargnebourse.fr

Le CDS France à 5 ans a doublé en un mois, de 40 à 79,5 pb, et s’est figé tout près de son plus haut depuis juillet 2013. Les taux se détendent, pas l’assurance contre le risque français : la protection sur la France coûte désormais 16 pb de plus que sur l’Italie, un écart sans précédent depuis 2008.

En bref au 8 octobre 2026

IndicateurNiveau
CDS France 5 ans79,5 pb au 15 octobre, +0,9 pb sur la semaine, entre 79,5 et 80,8 pb
Sur un mois+39,5 pb (40,0 pb le 15 septembre)
Record80,8 pb le 12 octobre, plus haut depuis juillet 2013 ; seuil suivant à 81,5 pb
Écart France-Italie16 pb de plus pour la France (CDS au 14 octobre)
Probabilité de défaut implicite≈ 1,3 % par an (estimation de marché, recouvrement de 40 %)
Spread OAT-Bund134,6 pb, après un record de 141,7 pb le 12 octobre (spread France-Allemagne)
Prochaine mise à jour : vendredi 23 octobre

Commençons par analyser ce que nous dit le CDS France à 5 ans cette semaine.

Evolution hebdomadaire du CDS France (valeur en points de base)

Le CDS termine à 79,5 pb (+0,9 pb) dans un couloir très étroit, entre 79,5 et 80,8 pb. Le 12 octobre, il a fixé à 80,8 pb son plus haut depuis juillet 2013, à égalité avec le pic du 5 octobre. Il bute donc pour la deuxième fois sous le sommet de 2013 (81,5 pb).

Le contraste avec le marché obligataire est net. Sur la même semaine, l’OAT a perdu 8 pb et le spread France-Allemagne a reculé de 7 pb depuis son record. Le CDS, lui, n’a rien rendu. Le CDS italien a reculé de 1,4 pb, à 63,7 pb.

Graphique du CDS France 5 ans

Évolution sur 2 ans

Prenons du recul et analysons les données depuis début 2024.

Le CDS a été multiplié par 3,1 depuis janvier 2024 (25,5 → 79,5 pb). Le graphique se lit en quatre temps :

  • 2024 : après un plus bas de 18,2 pb à la mi-mai, la dissolution le fait passer de 24 à 37 pb en juin. Il termine l’année à 39 pb.
  • 2025 : il évolue entre 30 et 46 pb, avec un pic le 9 avril, et finit l’année à 30 pb.
  • Début 2026 : il touche 22,8 pb le 26 février, au lendemain de l’adoption du budget 2026. Le spread OAT-Bund touche son plancher le même jour.
  • Depuis septembre : de 33 pb le 1er septembre à 70 pb le 30, puis 80 pb le 1er octobre. Le CDS a gagné 37 pb sur le seul mois de septembre.

Ce mouvement coïncide avec la présentation du budget 2027 et la hausse prévue de la dette (voir le compteur de la dette de la France).

CDS France vs Italie

Pendant dix-sept ans, l’Italie a été la plus risquée des deux. En novembre 2011, son CDS dépassait celui de la France de 373 pb (586,7 pb contre 245 pb au plus fort de la crise). L’écart était encore de 158 pb en moyenne en 2018 et de 103 pb en 2022, puis il s’est refermé : 74 pb en 2023, 37 pb en 2024, 10 pb en 2025.

Le premier croisement date du 19 septembre 2025. Depuis, la France est passée au-dessus de l’Italie par épisodes, puis de façon continue : 74 séances consécutives depuis le 3 juillet 2026. Le record d’écart, 18,8 pb, date du 30 septembre. Il est aujourd’hui de 16,1 pb, et le CDS français vaut 1,25 fois l’italien.

La dynamique récente creuse l’écart. Depuis le 1er septembre, le CDS français a été multiplié par 2,4, l’italien par 2,1. Et depuis le 2 octobre, l’Italie a rendu 8 pb (71,8 → 63,7 pb) quand la France n’en rendait aucun.

Autres données liées

Si l’analyse des obligations souveraines vous intéressent, vous pouvez aussi consulter :

Conclusion Prime de risque et spreads de taux

Le marché envoie deux signaux contraires. Les obligations se détendent : l’OAT recule à 4,79 % et le spread OAT-Bund à 134,6 pb. Mais cette détente est surtout mondiale, car le Bund a lui aussi baissé de 5 pb. Le CDS, qui mesure le risque propre à la France, reste bloqué à 80 pb. Côté obligataire comme côté CDS, la France fait moins bien que l’Italie : l’OAT rapporte 31,5 pb de plus que le BTP et le CDS coûte 16 pb de plus.

Pour un trader, les niveaux sont clairs. Sur le CDS, une cassure de 81,5 pb ouvrirait la voie vers 90 pb, un niveau plus vu depuis octobre 2012. Sur le spread, 141,7 pb est la résistance et 125,8 pb le support. Une vraie détente demanderait un vote des recettes le 20 octobre et une note Moody’s maintenue le 23. Tant que le CDS ne repasse pas sous 72 pb (plus bas du 6 octobre), la baisse des taux reste un rebond technique, pas un retour de confiance.

Dates à surveiller
  • 20 octobre : vote solennel de l’Assemblée sur la partie recettes du budget 2027. S’il échoue, tout le budget tombe.
  • 23 octobre (soir) : revue de Moody’s (Aa3, perspective négative).
  • Vers le 23 octobre : PMI flash de la France.
  • Vendredi 23 octobre (soir) : décision de Moody’s sur la note Aa3, perspective négative.
  • 29 octobre : réunion de politique monétaire de la BCE (inflation en zone euro).
  • 30 octobre : première estimation du PIB de la France au troisième trimestre (Insee).
  • 5 novembre : adjudication d’OAT à long terme.
  • 17 novembre : fin du délai de première lecture du budget à l’Assemblée.
  • 27 novembre (soir) : revue de S&P (A+, perspective stable).
  • 11 décembre : revue de KBRA (AA-).
  • Niveaux techniques : 81,5 pb puis 100 pb sur le CDS ; 140 pb puis 150 pb sur le spread OAT-Bund.

Pour approfondir l’analyse des écarts de taux souverains européens et de leurs implications pour les marchés financiers, consultez notre étude dédiée sur les spreads de taux : Spread de taux France-Allemagne et Europe.

L’analyse des CDS se termine. Si vous avez besoin de solidifier vos connaissance, je vous invite à lire la suite de l’article.

Vous trouverez aussi une section FAQ consacrée aux CDS (swap de credit) et en particulier aux CDS France 5 ans.

Passons donc aux explications de ce que sont les CDS. Avec un client d’oeil à l’excellent film « The Big Short », et en particulier à la façon dont Margot Robbie explique les MBS et les subprimes.

CDS France expliqué
CDS France expliqué

Qu’est-ce que le CDS France à 5 ans

Le CDS France à 5 ans est l’un des indicateurs les plus suivis pour évaluer le niveau de risque perçu par les marchés à l’égard de la dette souveraine française. Il s’agit d’un outil utilisé à la fois pour se couvrir contre un défaut de paiement et pour spéculer sur l’évolution du risque pays. Mais concrètement, que mesure-t-il, pourquoi la maturité 5 ans est-elle centrale, et que peut-on en tirer comme information sur la santé budgétaire de la France ?

Définition d’un Credit Default Swap (CDS)

Un CDS (Credit Default Swap) est un contrat financier entre deux parties. L’acheteur du CDS paie une prime périodique au vendeur en échange d’une protection contre un événement de crédit (comme un défaut de paiement) lié à un émetteur — ici, l’État français. Si un tel événement survient, le vendeur indemnisera l’acheteur pour couvrir les pertes.

En pratique, le niveau du CDS (exprimé en points de base) reflète le coût annuel de cette assurance. Par exemple, un CDS à 80 signifie qu’il faut payer 80 000 € par an pour couvrir 10 millions € de dette française sur 5 ans. Ce niveau est donc un indicateur direct du risque perçu par les investisseurs.

Pourquoi la maturité 5 ans est-elle la plus suivie

Parmi toutes les échéances disponibles (1 an, 3 ans, 10 ans, etc.), la maturité 5 ans est la référence du marché. Elle représente un compromis optimal entre court terme et long terme : assez proche pour refléter les tensions budgétaires actuelles, mais assez éloignée pour intégrer les tendances structurelles de la trajectoire financière d’un pays.

Les CDS à 5 ans sont aussi les plus liquides, ce qui en fait une métrique de marché fiable. C’est sur cette échéance que les grands investisseurs institutionnels (assureurs, hedge funds, banques) se positionnent généralement pour se couvrir ou exprimer une opinion sur le crédit souverain.

Ce que le CDS nous dit sur la santé financière de l’État français

Le niveau du CDS France à 5 ans peut être interprété comme une prime de risque exigée par le marché pour prêter à l’État. Une hausse du spread traduit une perception accrue du risque de défaut ou de tension budgétaire — souvent en lien avec des facteurs macroéconomiques, des déséquilibres publics ou des événements politiques.

À l’inverse, une baisse du CDS reflète une amélioration perçue de la solvabilité française. Comparé à ses voisins de la zone euro, le CDS France est également un baromètre de confiance relative : un écart croissant avec l’Allemagne, par exemple, signale une dégradation spécifique de la signature française.

Pourquoi suivre le CDS France

Le Credit Default Swap à 5 ans sur la France n’est pas réservé aux desks obligataires ou aux gestionnaires institutionnels. Pour tout investisseur ou trader actif, il constitue un indicateur avancé de risque souverain, souvent plus réactif que les marchés obligataires ou actions. Suivre son évolution permet de capter les prémices d’un stress financier, de mieux comprendre le pricing du risque pays, et d’anticiper les mouvements sur d’autres classes d’actifs.

CDS et stress financier en zone euro

Historiquement, les CDS souverains ont servi de thermomètre du stress systémique, en particulier pendant la crise des dettes souveraines de 2010-2012. Lorsque les CDS des pays périphériques (Grèce, Italie, Portugal) se sont envolés, ils ont signalé la défiance des marchés bien avant que les taux à 10 ans ne s’ajustent violemment.

Aujourd’hui encore, une hausse brutale du CDS France peut refléter une inquiétude grandissante sur la soutenabilité budgétaire, la stabilité politique ou une contagion régionale. Le CDS agit alors comme une alarme précoce, bien avant que les spreads ou les marchés actions ne corrigent significativement.

CDS comme signal avant les marchés actions

Les CDS peuvent également offrir un signal d’alerte en amont des indices boursiers.

En période d’incertitude, une divergence entre le CDS et le CAC 40 peut indiquer un décalage de perception entre le marché du crédit et celui des actions — une opportunité d’anticiper un réajustement. À ce titre, les traders macro ou multi-actifs suivent ces écarts de très près.

Comparaison avec le spread OAT-Bund : avantages / limites

Le spread OAT-Bund (écart de taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne) est un autre indicateur couramment utilisé pour mesurer le risque souverain. Mais il présente plusieurs limites par rapport au CDS :

  • Il est influencé par la liquidité relative des marchés obligataires et les flux de portefeuille.
  • Il peut être distordu par la politique monétaire de la BCE (quantitative easing, réinvestissements ciblés).
  • Il n’intègre pas toujours le risque de défaut pur, contrairement au CDS.

Le CDS France offre donc une mesure plus directe et souvent plus réactive du risque perçu, notamment en période de tensions. Toutefois, croiser les deux indicateurs permet une lecture plus fine : un CDS qui monte sans mouvement du spread peut indiquer un risque politique spécifique ou un choc anticipé par les marchés dérivés.

Un particulier peut-il trader les CDS ? Si oui, comment ?

Théoriquement oui, mais …

Les Credit Default Swaps (CDS) sont des produits dérivés de gré à gré (OTC) conçus à l’origine pour les institutions financières, les banques et les hedge funds :

  • Les CDS sont des contrats bilatéraux exigeant des exigences de collatéral élevées.
  • Ils impliquent une notion de contrepartie et de risque de crédit, souvent gérée via des plateformes de clearing (ex : ICE, LCH).
  • Le nominal minimum d’un contrat CDS est souvent élevé (ex. : 5 millions d’euros sur un CDS souverain comme la France).

Dans la pratique, un investisseur particulier n’a donc pas accès directement au marché des CDS, sauf s’il dispose d’une structure professionnelle (SAS, société de gestion, family office…) et d’un compte chez un prime broker ou une banque d’investissement. L’immense majorité des particuliers ne peut donc pas trader les CDS.

Des alternatives pour les particuliers

Même si le CDS lui-même n’est pas directement accessible, un particulier peut s’exposer au risque souverain ou au stress crédit via des instruments cotés ou structurés :

  1. ETF sur obligations souveraines à haut rendement ou à risque
    • Exemple : ETF sur les dettes des pays périphériques, ou sur les obligations des pays émergents.
  2. Produits dérivés sur taux et spreads souverains
    • Certains brokers proposent des CFD ou des futures sur les taux européens ou le Bund, permettant d’exprimer des vues relatives (type spread OAT-Bund).
  3. Obligations d’État à haut rendement / fonds obligataires à thème
    • Acheter ou shorter un fonds exposé à des obligations françaises ou européennes pour capter indirectement l’évolution du risque crédit.

FAQ CDS France

Que signifie une hausse du CDS France ?

Une hausse du CDS France à 5 ans indique que les marchés perçoivent un risque accru de défaut de l’État français. Cela reflète une perte de confiance liée à des facteurs économiques (dette, déficit) ou politiques (instabilité, élections).
En clair : plus le CDS monte, plus il est cher de s’assurer contre un défaut, ce qui peut précéder une hausse des taux souverains ou une tension sur les actifs français.

Le CDS France peut-il prédire une crise ?

Pas à lui seul, mais une hausse rapide et durable du CDS France est souvent un signal d’alerte. Elle peut précéder des tensions sur les marchés obligataires, voire une crise de confiance plus large.
Historiquement, les CDS ont parfois anticipé des chocs financiers, avant même les marchés actions ou les spreads souverains.

Où trouver les données du CDS France à 5 ans ?

Les données du CDS France à 5 ans sont publiées chaque semaine sur epargnebourse.Fr

Quelle différence entre CDS et spread de taux ?

Le CDS est un contrat d’assurance contre le défaut d’un État, coté sur un marché de dérivés. Le spread de taux (ex. : OAT-Bund) mesure l’écart de rendement entre les obligations d’un État et une référence (souvent l’Allemagne).
En résumé :
Le CDS reflète le risque perçu de défaut pur.
Le spread reflète à la fois ce risque et les conditions de marché (politique monétaire, liquidité, etc.).
Ces deux indicateurs sont complémentaires, mais le CDS est souvent plus réactif en période de stress.

Le CDS France est-il un bon indicateur de trading ?

Oui, dans certains contextes.
Le CDS France peut servir d’indicateur avancé en période de tension : une hausse brutale peut précéder une correction des marchés actions ou une dégradation des obligations souveraines.
Cependant, ce n’est pas un signal de trading isolé : il doit être analysé avec d’autres indicateurs (spreads, volatilité, flux).
En bref : utile pour détecter un stress latent, mais pas suffisant seul pour prendre position.

A vous de jouer !

Cet article touche à sa fin, et j’espère qu’il vous a apporté des pistes de réflexion intéressantes. Si vous l’avez trouvé utile, n’hésitez pas à le partager en un clic :

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