Modifié le 20 août 2026 par epargnebourse.fr
Inflation US : l’énergie fait le bruit, le cœur ne bouge pas
L’indice d’ensemble américain est à 3,4 % en juillet 2026, mais l’inflation sous-jacente est revenue exactement à son niveau d’avant le choc énergétique. Comparaison avec la zone euro et lecture pour un portefeuille actions.
Cet article porte sur l’inflation usa, les CPI USA, et la comparaison avec la zone Euro.
Sommaire Inflation USA
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Sources des données
Les données de cet article proviennent de :
- Reserve Federal of St Louis pour l’inflation USA, le CPI USA et le CPI coeur USA
- Eurostat pour l’inflation en zone Euro
Inflation USA
Mise à jour du 12 Août 2026
Avant de commencer, vous devez avoir quelques définitions en tête :
- L’indice des prix (cpi usa) : Aux USA, le Bureau of Labor Statistics (BLS) calcule chaque mois un indice des prix à la consommation (CPI). Cet indice mesure les prix moyens d’un panier de produits et services. Son évolution permet de mesure l’inflation.
- L’inflation : Elle mesure la hausse des prix (au moins en partie), elle est exprimée en rythme annuel. Le chiffre donné pour un mois correspond à l’évolution en pourcentage de l’indice des prix sur un an, cad en le comparant à l’indice des prix du même mois un an plus tôt.
- L’indice des prix coeur (cpi coeur usa) : Le BLS calcule aussi un CPI dans lequel les produits et les services liés à l’énergie et à l’alimentation sont enlevés. En Français on parle plutôt de CPI sous jascent.
- L’inflation coeur : C’est l’évolution en pourcentage sur 1 an du CPI coeur.
Commençons par visualiser le graphique de l’inflation USA 2024 et de l’inflation coeur USA.

Entre février et juillet 2026, l’inflation sous-jacente américaine est passée de 2,47 % à 2,82 % puis de nouveau à 2,47 %. Aller-retour complet. Pendant ce temps l’indice d’ensemble grimpait de 2,4 % à 4,2 % avant de refluer à 3,4 %. Le choc énergétique de mars n’a laissé aucune trace mesurable sur le cœur de l’inflation.
(Séries CPILFESL et CPIAUCSL, corrigées des variations saisonnières, glissement annuel calculé au 01/07/2026.)
Le BLS a publié le 12/08/2026 à 14h30 CEST l’indice des prix de juillet : +0,1 % sur le mois en données corrigées des variations saisonnières, +3,4 % sur douze mois en données brutes. L’indice sous-jacent (hors alimentation et énergie) progresse de 0,2 % sur le mois et de 2,5 % sur un an. Les deux chiffres reculent de 0,1 point par rapport à juin et ressortent conformes au consensus Dow Jones.
Le détail importe plus que l’agrégat. Le logement explique à lui seul environ deux tiers de la hausse mensuelle d’ensemble, selon le BLS. L’énergie recule de 1,5 % sur le mois, après −5,7 % en juin. Sur douze mois elle reste néanmoins à +14,5 % (série CPIENGSL, calcul au 01/07/2026), contre un pic à +23,0 % en mai.
Sur la série corrigée des variations saisonnières, l’indice sous-jacent à 2,466 % en juillet est au plus bas depuis avril 2021. Ce qui a du sens, en revanche, c’est le retour au point de départ.
Il faut aussi rappeler une rupture de série : l’indice d’octobre 2025 n’a jamais été publié, faute de crédits budgétaires fédéraux.
Comparaison Inflation aux USA et dans la Zone Euro
Avant de passer aux analyses, visualisons le graphique.

Eurostat a confirmé le 19/08/2026 son estimation rapide : l’inflation harmonisée de la zone euro s’établit à 2,9 % en juillet 2026, contre 2,8 % en juin. Les services y contribuent pour 1,55 point, l’énergie pour 0,94 point, les biens industriels non énergétiques et l’alimentation pour 0,23 point chacun.
L’écart avec les États-Unis sur l’indice d’ensemble est donc de 0,5 point (3,4 % contre 2,9 %). Sur vingt-quatre mois, cet écart calculé série contre série (CPIAUCSL contre indice harmonisé zone euro à 19 pays, base FRED) s’établit en moyenne à 0,60 point, dans une fourchette de 0,17 à 1,03 point. Le niveau actuel est donc dans la norme récente, pas au-dessus.
Un dernier chiffre contre-intuitif : depuis janvier 2022, le niveau des prix a progressé de 17,8 % aux États-Unis et de 20,0 % en zone euro. L’idée d’une inflation américaine structurellement supérieure ne résiste pas au cumul.
Indice des prix mensuel (cpi et core cpi)
CPI des USA et Zone Euro
Le chiffre qui est généralement commenté est celui de l’inflation, c’est à dire de la hausse des prix mesurée sur un an. Il est calculé en faisant l’écart en pourcentage entre l’indice des prix (CPI) du mois de l’année actuelle et celui du même mois un an plus tôt.
Mais, on peut aller plus loin dans l’analyse en observant l’évolution de la donnée de base : l’indice des prix au mois le mois. Que vous soyez étudiant en économie, investisseur, je vous encourage à procéder de cette façon. Cela vous évitera une analyse trop superficielle.
Vous pourrez par exemple :
- Identifier les effets de base
- détecter les ruptures de tendance avant qu’elles ne soient visibles dans les données annuelles
- …
Regardons les graphiques des données mensuelles :
CPI des USA et CPI core USA
L’autre CPI à analyser est celui des données cœur. Il mesure l’indice des prix hors énergie et hors alimentation. Ces données sont certes déconnectées de ce que nous vivons en tant que consommateurs, mais l’objectif est de mesurer la dynamique des prix en excluant les effets externes liés aux cours des matières premières.
La comparaison des CPI (cpi et cpi coeur) est aussi un moyen de mesurer l’impact des hausses de salaires sur l’évolution de l’inflation. Cela permet aux banques centrales de mesurer a quel point un cercle vicieux prix/salaires/prix/… est en train de s’installer ou non.
Comparons donc les évolutions :
- du CPI des USA
- et du CPI core (coeur) USA
Analyse du CPI USA et du CPI core USA :
Entre le premier trimestre 2023 et le troisième trimestre 2025, l'indice d'ensemble américain est resté systématiquement sous son indice sous-jacent (jusqu'à 1,78 point d'écart négatif en juin 2023). L'énergie tirait alors l'ensemble vers le bas pendant que les services et le logement maintenaient le cœur élevé.
Cette configuration s'est inversée en mars 2026. L'écart ensemble moins sous-jacent est passé de −0,04 point en février 2026 à +1,34 point en mai, puis +0,84 point en juillet. C'est la mesure la plus directe du choc : elle isole ce que l'alimentation et l'énergie ajoutent à l'indice.
Le mouvement du cœur lui-même est d'une modestie frappante : 2,47 % en février, 2,82 % au pire (mai), 2,47 % en juillet. Sur trois mois annualisés, le sous-jacent progresse de 1,64 % en juillet cad sous la cible de la banque centrale. Le canal de transmission d'un choc pétrolier vers les prix sous-jacents existe (coûts de transport, intrants pétrochimiques, revendications salariales) mais il n'a encore rien produit de mesurable en cinq mois.
Analyse des CPI USA détaillés
Le graphique suivant permet de visualiser l'évolutions des CPIs détaillés, et de l'inflation par catégorie de dépense :
Glissements annuels au 01/07/2026, avec le rang du niveau actuel dans la distribution depuis janvier 1993 :
| Composante | Série | GA juillet 2026 | 3 mois annualisé | Percentile depuis 1993 |
|---|---|---|---|---|
| Énergie | CPIENGSL | +14,45 % | −13,30 % | 80ᵉ |
| Transport | CPITRNSL | +5,58 % | −6,58 % | 78ᵉ |
| Habillement | CPIAPPNS | +3,86 % | −10,81 % | 93ᵉ |
| Logement | CUSR0000SAH1 | +3,16 % | +2,32 % | 53ᵉ |
| Alimentation | CPIUFDSL | +2,94 % | +1,77 % | 66ᵉ |
| Éducation | CUSR0000SAE1 | +2,71 % | +2,89 % | 18ᵉ |
| Santé | CPIMEDSL | +1,70 % | +2,18 % | 6ᵉ |
| Ensemble | CPIAUCSL | +3,30 % | +0,49 % | 80ᵉ |
Le choc est en train de se retourner. Les trois composantes aux glissements annuels les plus élevés (énergie, transport, habillement) affichent toutes des momentums à trois mois franchement négatifs. Le glissement annuel élevé est un héritage arithmétique du printemps, pas une dynamique en cours. L'ensemble progresse de 0,49 % seulement en rythme trimestriel annualisé.
L'habillement est la vraie anomalie. À +3,86 %, il se situe au 93ᵉ percentile de sa distribution depuis 1993 (une distribution dont la moyenne est de 0,07 %). Depuis 1993, l'habillement n'a dépassé 3 % que 44 mois sur 402, concentrés sur trois épisodes : 2011-2012 (choc du coton), 2021-2023 (chaînes d'approvisionnement post-pandémie), et 2026. Il s'agit d'un bien massivement importé dont le prix nominal était stable depuis trois décennies. C'est la signature d'un choc d'offre sur les biens importés, pas d'un choc énergétique. Le momentum à trois mois est toutefois de −10,8 %, ce qui suggère un ajustement de niveau déjà largement passé.
La santé désinflate. À 1,70 %, le poste médical est au 6ᵉ percentile depuis 1993, contre une moyenne de 3,44 % sur la période. Vingt-cinq mois seulement sur 402 ont été aussi bas. Ce poste pèse lourd dans le sous-jacent et explique une partie non négligeable du calme du cœur. C'est aussi le poste dont l'inertie est la plus grande : sa contribution désinflationniste ne se retournera pas d'un mois sur l'autre.
Le graphique suivant permet de comprendre la dynamique de long terme de l'inflation aux USA. Et en particulier, l'inflation USA considérable des prix de la santé, du logement, de l'éducation et de l'alimentation.
En regardant ce graphique, on comprend beaucoup mieux la décision du président Trump de s'attaquer au prix des médicaments, décision qui cette fois semble rationnelle compte tenu des données disponibles :
Sur 33 ans et demi, l'indice d'ensemble a progressé de 133 %. Les composantes racontent une histoire radicalement différente.
| Composante | Cumul 1993-2026 | Annualisé | Prix relatif (base 100 en 1993) |
|---|---|---|---|
| Éducation | +319 % | 4,37 % | 180 |
| Santé | +203 % | 3,36 % | 130 |
| Énergie | +200 % | 3,33 % | 129 |
| Logement | +179 % | 3,11 % | 120 |
| Alimentation | +152 % | 2,79 % | 108 |
| Ensemble | +133 % | 2,56 % | 100 |
| Transport | +120 % | 2,38 % | 95 |
| Habillement | +3,5 % | 0,10 % | 44 |
La dernière colonne est la plus parlante : elle rapporte chaque indice à l'indice d'ensemble. En trente-trois ans, l'habillement a perdu 56 % de son prix relatif tandis que l'éducation gagnait 80 %. Un ménage américain dont le budget est dominé par la scolarité et les soins a subi une inflation sans commune mesure avec celle d'un ménage dont le budget est dominé par les vêtements et l'automobile. Il y a là des implications sociales très importantes.
Cette divergence est structurelle : elle oppose des services non délocalisables et à faibles gains de productivité à des biens manufacturés exposés à la concurrence internationale. Ce qui rend l'épisode 2026 intéressant, c'est précisément qu'il interrompt de mécanisme sur l'habillement.
Réaction du S&P 500 et de l'EURUSD
L'indice a clôturé à 7 748,50, en hausse de 0,26 %. La décomposition est plus instructive que le solde : la publication ayant lieu à 8h30 heure de New York, soit une heure avant l'ouverture, la réaction se lit dans l'écart d'ouverture, pas dans la séance.
- Écart d'ouverture (clôture veille → ouverture) : +0,48 %
- Dérive de séance (ouverture → clôture) : −0,22 %
- Amplitude haut-bas : 0,363 %
Cette amplitude de 0,363 % est la plus étroite des 155 séances de 2026, contre une médiane annuelle de 0,95 %. Le jour de la publication de l'inflation, l'indice a connu sa séance la plus calme de l'année.
Le marché obligataire raconte la même chose. Le taux 2 ans est passé de 4,22 % à 4,20 %, le 10 ans de 4,70 % à 4,68 %, l'indice de volatilité implicite de 15,28 à 14,55. Le point mort d'inflation à 10 ans est passé de 2,27 % à 2,26 %.
Ce dernier chiffre est le plus important de tout l'article. Le point mort 10 ans (Fred T10YIE) valait 2,25 % fin février 2026, avant le choc. Il vaut 2,30 % au 18/08/2026, après un épisode où l'énergie a progressé de 23 % sur un an. En cinq mois de choc pétrolier, les anticipations d'inflation à dix ans se sont déplacées de cinq centièmes de point. Le marché obligataire a traité l'intégralité de l'épisode comme transitoire, et il avait raison (comme souvent)
Impact de l'inflation USA sur les investisseurs
Pour un investisseur en actions à horizon long, cette publication ne change pas grand chose. Elle confirme un scénario déjà largement intégré dans les prix.
Le S&P 500 a inscrit un plus haut historique à 7 798,99 le 13/08/2026, au lendemain de la publication, et cotait 7 691,76 le 18/08 — soit 1,4 % sous ce record, et +13,7 % depuis le 31/12/2025. L'indice a progressé de 13,2 % depuis le 27/02/2026, veille du choc énergétique. Un choc d'offre de cette ampleur qui laisse le marché actions au plus haut signale que ce marché a intégré, correctement, le caractère temporaire de l'épisode.
Ce que l'analyse change réellement : la hiérarchie des risques :
- Le risque inflationniste sur les actions américaines a reculé, les points morts le disent, le momentum trimestriel des composantes le confirme.
- Le risque de croissance, lui, a augmenté : destruction d'emplois, PIB en ralentissement, salaires réels négatifs. Il faut en tenir compte dans l'allocation des portefeuilles..
La probabilité d'une hausse de taux en septembre implicite dans les contrats à terme sur fonds fédéraux est passée de 82 % le 23/07/2026 à 42 % après la publication du 12/08, selon l'outil FedWatch.
L'analyse de l'inflation au US est terminée. Vous vous posez encore des questions sur les causes, les différences ou les perspectives d’inflation entre les deux rives de l’Atlantique ? Découvrez ci-dessous notre FAQ pour éclairer les points clés.
N'hésitez pas à me contacter à contact@epargnebourse.fr si vous souhaitez que j'enriche les FAQ ou pour réagir à cet article.
FAQ - Inflation USA
Pourquoi l'inflation a-t-elle été plus élevée en Europe qu'aux États-Unis en 2024/2025 ?
L'inflation a été plus marquée en Europe en grande partie en raison de la forte dépendance aux importations d'hydrocarbures, là ou les USA autosuffisants et même exportateurs net.
Quelles sont les principales différences entre le CPI Américain et le HICP Européen
Le CPI (Consumer Price Index) américain inclut les loyers réels et imputés, qui représentent environ 38 % de l'indice. L'indice HICP (Harmonised Index of Consumer Prices) utilisé par la zone euro exclut les loyers imputés.
Cette différence méthodologique peut entraîner des variations dans les taux d'inflation mesurés entre les deux régions.
Comment les politiques monétaires de la BCE et de la Fed ont-elles influencé l'inflation ?
La Réserve fédérale américaine (Fed) a réagi plus rapidement à la hausse de l'inflation en augmentant ses taux directeurs de manière agressive, ce qui a contribué à une baisse plus rapide de l'inflation aux États-Unis.
Quel rôle ont joué les aides gouvernementales américaines dans l’inflation post-COVID ?
Les mesures de soutien massives du gouvernement américain (plans Biden, chèques directs, allocations chômage majorées) ont fortement stimulé la consommation. Cette injection rapide de liquidités a provoqué un déséquilibre entre offre et demande, dans un contexte de chaînes d’approvisionnement perturbées, contribuant à une poussée inflationniste plus marquée qu’en Europe.
Quel est l'impact des tarifs douaniers américains sur l'inflation européenne ?
Il est encore un peu tôt pour se prononcer sur le sujet sur la base de données statistiquement représentatives. Pour le moment, on observe un effet désinflationniste sur l'Europe par la réduction de la demande mondiale et des prix de l'énergie. L'Euro a plutôt tendance à se renforce par rapport au Dollar ce qui renforce l'effet désinflationniste en Europe.
A vous de jouer !
Cet article touche à sa fin, et j’espère qu’il vous a apporté des pistes de réflexion intéressantes. Si vous l’avez trouvé utile, n’hésitez pas à le partager en un clic :
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