Modifié le 29 septembre 2026 par epargnebourse.fr
La dette publique française est au cœur des préoccupations économiques et financières. En augmentation quasi continue depuis plus de 40 ans, elle soulève des questions fondamentales sur l’organisation de l’État, le financement des dépenses publiques et la soutenabilité des finances publiques. Son évolution influence directement la politique budgétaire, les marchés financiers et l’épargne des citoyens, rendant son analyse essentielle pour comprendre les défis économiques à venir.
Mais au-delà des chiffres, c’est aussi l’avenir du pays et des Français qui est en jeu. Cette dette, mal maîtrisée limite de plus en plus la capacité d’action de l’État et alourdit encore davantage le fardeau fiscal des Français. Les jeunes contribuables, en particulier, devront assumer les conséquences d’un endettement hérité de plusieurs décennies de décisions politiques souvent marquées par le court-termisme, le clientélisme électoral et l’absence de réformes structurelles.
Analysons la situation.
Sommaire
La dette Française (au sens de Maastricht)
La dette au sens de Maastricht est l’indicateur utilisé dans l’Union européenne pour évaluer de façon homogène la dette publique des États membres. Elle correspond à la dette brute consolidée des administrations publiques :
- État,
- Collectivités locales : Régions, départements, …
- Administrations de sécurité sociale : Maladie, Chômage, Retraite
La dette française est exprimée en valeur nominale et hors passifs financiers internes à ces entités.
Dans cet article, j’analyse la dette en valeur. Un autre article portera sur la dette publique exprimée en pourcentage du PIB
Les données de cet article proviennent essentiellement de l’Insee. Si vous souhaitez conduire vos propres analyses, elle sont disponibles sur le site de l’Insee dans la rubrique « comptes nationaux trimestriels » :
https://www.insee.fr/fr/metadonnees/source/serie/s1185
L’évolution de la dette publique en France (au sens de Maastricht)
Dette publique française 2025-2025
Le derniers chiffres de la dette Française publiés par l’Insee pour 2025 / 2026 sont :
- Fin T2 2026 : 3595.5 Mds €
- Fin T1 2026 : 3535.9 Mds €
- Fin T4 2025 : 3460.1 Mds €
- Fin T3 2025 : 3484.1 Mds €
- Fin T2 2025 : 3417.2 Mds €
- Fin T1 2025 : 3346.3 Mds €
Sur le second trimestre de 2026 , la dette publique Française a donc augmentée de 59,6 Mds €, encore une très forte augmentation en trois mois. Un rythme à nouveau totalement hors de contrôle :
- 59,6 Mds € en trois mois
- 653,15 Millions par jour
- 27,21 Millions par heure
Dette publique française historique
Le premier graphique ci-dessous représente l’évolution de la dette publique Française année après année depuis 1978. Ce graphique des données de l’Insee est terrible tant la croissance de la dette Française semble être hors de tout contrôle.

Le second graphique de la dette Française, lui aussi réalisé à partir des données de l’Insee donne une vue trimestrielle. Comme l’Insee ne communique les données trimestrielles qu’à partir de T1 2000, le graphique couvre une période plus courte.
J’ai ajouté le cumul de la dette publique Française créée pendant le mandat de chacun des 4 derniers présidents. Le président Macron avec 1314 Milliards € a déjà fait très largement pire à lui seul que ses deux prédécesseurs réunis.

Exprimée en valeur, la dette publique continue donc de progresser très rapidement. Et cela, dans ce qui ressemble à une indifférence ou une résignation assez générale. Et pourtant, les Français, en particulier les jeunes générations, celles qui auront à assumer la plus lourde part des conséquences de cette dette seraient bien avisées d’exiger des changements rapides.
L’acceptation collective de cette croissance ininterrompue de la dette, et de façon plus large ce mépris pour les générations suivantes est pour moi un des grands mystères de la société Française des 40 dernières années.
Dette publique Française 2026
Maintenant que l’évolution et le niveau actuel de la dette publique sont clairs, essayons de nous projeter à fin 2026.
La dette a reculé au quatrième trimestre 2025 et a terminé l’année 2025 à 3 460,1 Mds €. Ce répit n’a pas duré : +135,4 Mds € au premier semestre 2026, soit une hausse plus rapide qu’au premier semestre 2025 (+111,1 Mds €).
Pour estimer la situation future, il faut partir de la situation actuelle de la France, qui reste marquée par :
- La perte de productivité de l’économie française, continue depuis plusieurs années.
- Une croissance économique qui reste très faible.
- Une absence totale de réforme de la dépense publique depuis de très nombreuses années. L’État comme les collectivités territoriales n’ont fait aucun effort de réforme.
- Une folie normative et réglementaire qui ralentit tout, complique tout et décourage la prise d’initiative.
- Une catastrophe politique qui dure depuis l’été 2024 et qui s’ajoute à une absence de maitrise des finances publiques bien plus durable. Le Parlement n’a toujours pas de majorité. L’objectif d’un déficit sous 5 % du PIB a été repoussé d’un an. Les 54 Mds € d’économies annoncés pour 2027 le sont à quelques mois d’une présidentielle, sans garantie qu’ils seront votés, encore moins tenus.
Dans ces conditions, la dérive des comptes publics devrait logiquement se poursuivre au second semestre. Le troisième trimestre est traditionnellement haussier : +70,6 Mds € en 2024, +66,9 Mds € en 2025. Le quatrième trimestre est plus calme : +3,1 Mds € en 2024, −24 Mds € en 2025. En reproduisant ce profil, la dette publique française pourrait avoisiner 3 650 Mds € fin 2026, soit près de 190 Mds € de plus en un an. La trajectoire révisée par Bercy prévoit d’ailleurs une dette à 119,3 % du PIB fin 2026, puis 121,7 % en 2027.
Autres aspects liés à la dette publique
Continuons notre analyse de la dette en abordant trois autres indicateurs importants :
- La dette nette : Variante de la dette au sens de Maastricht
- Les engagements hors bilan : Une autre bombe à retardement, encore plus grosse que la dette elle même
- La dette implicite de l’état : Une mesure supplémentaire du risque potentiel, plus difficile à cerner mais nécessaire pour avoir une vision globale
Pour mieux comprendre l’importance de ces sujets, laissez moi prendre une image :
- La dette que nous venons d’analyser, celle au sens des critères de Maastricht serait pour une famille : Constituée de son emprunt immobilier, de ses crédits à la consommation et crédits automobiles.
- La dette nette : Serait la dette, réduite du montant figurant sur les comptes bancaires, les placements facilement vendables (livret A, placement monnétaires, …)
- Le hors bilan : Serait constitué du montant que l’on a par exemple prévu pour refaire la toiture dans 5 ans car elle commence à fuire on l’on sait que si l’on ne fait pas ces travaux la maison deviendra rapidement inhabitable. Le hors bilan, n’est pas de la dette, mais il est assez largement incontournable. Il porte aussi sur des montants qu’il ne sera normalement jamais nécessaire de dépenser en totalité (par exemple si l’on s’est porté caution pour un proche).
- La dette implicite : Pour une famille, cela serait le financement des futures études supérieures des enfants. On ne sait pas combien cela va coûter, on ne sait même pas exactement quand cela arrivera, et si cela arrivera. Mais l’on sait que si ce besoin se produit, il faudra le financer d’une manière ou d’une autre le moment venu.
A ce stade de l’article, je voudrais insister sur un point. Pour une familles, pour une entreprise tout comme pour l’état. Il n’est pas grave d’avoir des dettes, des engagements hors bilan, et de la dette implicite. Cela est même généralement bénéfique et souhaitable.
Mais, tout dépend à la fois de la qualité de la dette (au sens large) et de la soutenabilité de la dette (au sens large). J’analyserai ce sujet dans un autre article.
Le moins que l’on puisse déjà dire est que la dette publique Française en 2026 n’est ni de qualité (elle finance trop de dépenses de retraites et de fonctionnement et pas assez d’investissement), ni soutenable (elle augmente de façon incontrôlée). La situation est encore pire en considérant le hors bilan.
Continuons cet article avec l’analyse de la dette nette, du hors bilan et de la dette implicite.
La dette publique Française nette
Comment l’INSEE calcule la dette nette ?
L’objectif de calculer la dette nette est d’évaluer l’endettement réel en tenant compte des ressources financières immédiatement mobilisables pour rembourser une partie de la dette. Elle est obtenue en soustrayant certains actifs financiers de la dette brute (dette au sens des critères de Maastricht).
Les actifs pris en compte sont principalement ceux qui peuvent être mobilisés rapidement pour rembourser la dette, à savoir :
- Dépôts bancaires de l’État et des administrations publiques,
- Titres de créance détenus par l’État,
- Prêts accordés par l’État,
- Autres actifs liquides détenus par les administrations publiques.
évolution de la dette nette et de la dette Française
Le graphique suivant présente l’évolution conjointe de la dette française (au sens de Maastricht) et de la dette nette.
L’analyse des deux courbes montre que l’analyse en dette publique nette ou en dette publique ne change pas les conclusions. Les deux évoluent en parallèle et l’écart est de 10% seulement.
Inversement, il existe d’autres engagements de l’état qui ne sont pas des dettes à proprement parler mais qui sont beaucoup plus lourds. Parlons donc du « hors bilan » et de la dette implicite.
Engagements hors bilan de l’État français
Paragraphe non mis à jours lors de la publication du T2 2026 par l’INSEE
Les engagements hors bilan regroupent des obligations potentielles qui ne figurent pas directement dans la dette publique. On trouve ces informations dans un rapport de la cours des comptes « La situation financière de l’État à fin 2023 » publié en Avril 2024.
Selon ce rapport officiel, la valeur des engagements hors bilan est en augmentation de 267 Md€ sur l’année 2023 et atteignait plus de 4000 Md€ fin 2023. Ce qui ajouté à la dette nette donne un total de plus de 7000 Mds €.
Les engagements hors bilan, recensent la valeur des engagements financiers pris par l’État, mais qui ne figurent pas parmi ses dettes car la charge correspondante n’est qu’une éventualité, ou elle ne peut pas être chiffrée avec précision (ce qui n’est pas forcément rassurant).
Selon la cours des comptes, les engagements hors bilan de l’état Français portent sur :
- Engagements de retraite des fonctionnaires de l’État et assimilés : 1800 Mds€ (45% des 4000 Mds €)
- Garanties accordées par l’état : 1520 Mds€ (38 % de 4000 Mds €) par exemple pour garantir les emprunts des hôpitaux publiques, de la Sncf, … Ces montants n’ont pas vocation à être dépensés en totalité, ni même en grande partie.
- Autre engagements (Internationaux, …) : 680 Mds € (17 % des 4000 Mds €). Dont par exemple 126 Milliards pour le Mécanisme Européen de Stabilité (MES).
En cumulant la dette publique nette + les engagements hors bilan, nous sommes donc à plus 7000 Mds €. Mais il existe un troisième étage à la fusée, il s’agit de la dette implicite.
Dette implicite de la France : les engagements futurs hors comptabilité
Paragraphe non mis à jours lors de la publication du T2 2026 par l’INSEE
La « dette implicite » est assez mal nommée. Ce n’est pas une dette car aucune dépense n’a été engagée et aucune somme n’a été empruntée. C’est plutôt l’évaluation d’un risque financier pouvant ultérieurement peser sur le budget de l’état. La dette implicite repose seulement sur des hypothèses économiques et démographiques, et non sur des engagements contractuels précis. Le risque identifié, même s’il se matérialise ne sera d’ailleurs pas forcément à la charge totale de l’état (et des contribuables).
Ces montants sont par définition moins précis, plus hypothétiques. Avec le temps, ils peuvent évoluer de façon favorable, ou défavorable, voir très défavorable en cas de grave crise. Il est donc bon de les connaître.
Il est tentant pour certains de faire un total dette nette + Hors Bilan + Dette implicite. Cela n’est pas correcte, il s’agit de choses différentes. Il est important de comprendre les trois montants, mais ils sont de nature très différente.
Coût du vieillissement démographique (hors retraites des fonctionnaires)
Il est bien difficile de quantifier l’impact de ce phénomène, mais il est clair que la population Française vieillit et que cela aura un coût dans le futur. Un coût supérieur à ce qui est déjà enregistré dans la dette publique et dans le hors bilan.
Selons les estimations (voir Conseil d’Orientation des Retraites (COR), projection 2023) :
📌 Montant estimé : 1 000 à 1 500 milliards d’euros sur 30 ans
📌 Détail : Inclut les retraites du secteur privé, les dépenses de dépendance et l’augmentation des coûts de santé liée à l’âge.
Ces dépenses ne seront pas forcément à la charge de l’état et des contribuables. Mais il faut que l’état prenne les bonnes décisions pour mettre ce sujet sous contrôle.
Transition énergétique et écologique
📌 Montant estimé : 700 milliards d’euros d’ici 2050
📌 Détail : Dépenses publiques nécessaires pour la neutralité carbone (rénovation thermique, infrastructures bas carbone, soutien aux énergies renouvelables).
📌 Source : Cour des comptes, Rapport sur la transition écologique
Là aussi, ces dépenses ne seront pas forcément à la charge de l’état et des contribuables. Mais il faut que l’état prenne les bonnes décisions pour mettre ce sujet sous contrôle.
Soutien aux collectivités locales et à la Sécurité sociale
📌 Montant estimé : 500 milliards d’euros sur 30 ans
📌 Détail : Transferts croissants pour couvrir les déficits structurels de l’Assurance maladie et de certaines collectivités locales en difficulté.
📌 Source : Commission des comptes de la Sécurité sociale
Là aussi, ces dépenses ne seront pas forcément à la charge de l’état et des contribuables. Mais il faut que l’état prenne les bonnes décisions pour mettre ce sujet sous contrôle avant d’avoir à payer les conséquences éventuelles.
Coût des crises économiques et financières futures
Tout comme l’état est intervenu en 2008 (crise des sub primes), en 2011 (crise de la dette Grecque), en 2020 (crise du Covid), il est certain, qu’il devra intervenir à d’autres moments, pour d’autres crises dans le futur.
📌 Montant estimé : variable, mais potentiellement 10 à 20 % du PIB sur 10 ans en cas de choc majeur
📌 Détail : En cas de crise financière ou économique majeure, l’État pourrait être amené à injecter des centaines de milliards pour stabiliser l’économie (exemple : crise de 2008, COVID-19).
📌 Source : Banque de France, analyse des stabilisateurs budgétaires
Là aussi, ces dépenses ne seront pas forcément à la charge de l’état et des contribuables. Mais il faut que l’état prenne les bonnes décisions pour mettre ce sujet sous contrôle avant d’avoir à payer les conséquences éventuelles.
Conclusion
La France n’a plus voté un seul budget à l’équilibre depuis 1974. Le mouvement s’est accéléré avec la fièvre dépensière du début des années 1980, et aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a su l’inverser depuis. Cinquante ans de déficits ininterrompus ont porté la dette publique à 3 595,5 Mds € fin juin 2026. Sa charge progresse chaque année : les intérêts de la seule dette de l’État ont atteint 51,6 Mds € en 2025, une part croissante des impôts payés par les Français.
À cette dette s’ajoutent les engagements hors bilan, qui dépassaient 4 000 Mds € fin 2023. Ils ne se transformeront pas tous en dépenses, mais une partie pèsera sur l’avenir du pays et des Français. Les retraites des fonctionnaires en sont la part la plus certaine.
La dette implicite relève d’une autre logique. Elle concerne la société française dans son ensemble plus que le seul budget de l’État. L’État y joue pourtant un rôle décisif : par la loi et la régulation, il peut réduire les montants en jeu et la probabilité que ces risques se matérialisent. Encore faut-il des dirigeants qui raisonnent à moyen et long terme, ce qui n’a pas été le cas depuis trop longtemps.
L’histoire économique montre qu’un tel empilement de dette et de risques connaît principalement deux issues :
- La prise de conscience et l’action préventive. Des pays ont compris qu’ils ne pouvaient pas continuer à s’endetter au détriment des générations futures, et ont engagé des réformes profondes. Le Canada et la Suède l’ont fait dans les années 1990, sans drame et avec d’excellents résultats.
- L’irresponsabilité jusqu’à la crise. Quand la lucidité collective et le courage politique font défaut, les problèmes s’accumulent jusqu’à ce que les prêteurs perdent confiance : fonds souverains, fonds de retraite, assureurs, banques, … Ils exigent alors des taux prohibitifs, puis cessent de prêter, imposant de fait l’ajustement dans les pires conditions. C’est, à mon avis, la trajectoire la plus probable pour la France. Elle déboucherait sur un scénario à la grecque. L’État vendrait ce qui lui reste d’actifs de valeur. Il supprimerait des postes de fonctionnaires en masse et couperait dans les prestations sociales comme dans les pensions. Le chômage exploserait. L’histoire économique est jalonnée de désastres que rien ne rendait inévitables : France 1797, Allemagne 1923, Royaume-Uni 1976, Argentine 2001, Grèce 2010, Italie 2011, Chypre 2013, …
Cet article n’est pas joyeux, mais j’espère qu’il vous aura éclairé sur l’état réel des finances publiques françaises.
Pour vous tenir informés de la situation de l’économie Française et de celle de la zone euro, vous pouvez aussi consulter :
Et si vous avez besoin de rafraîchir ou améliorer vos connaissances économique, c’est ICI.
A vous de jouer !
Cet article touche à sa fin, et j’espère qu’il vous a apporté des pistes de réflexion intéressantes. Si vous l’avez trouvé utile, n’hésitez pas à le partager en un clic :
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