CDS France 5 ans : Analyse hebdomadaire et suivi du risque souverain

Modifié le 14 août 2026 par epargnebourse.fr

Instrument aussi sophistiqué que controversé, le Credit Default Swap (CDS) reste aujourd’hui encore un pilier discret mais essentiel des marchés de crédit. Né dans les années 1990 pour couvrir le risque de défaut, il s’est imposé comme un outil stratégique, utilisé aussi bien par les grandes institutions que par certains investisseurs avertis pour se protéger, arbitrer ou spéculer sur la solidité financière d’un émetteur.

Loin de se limiter à un rôle technique, le CDS est devenu un thermomètre du risque de crédit, capable de révéler avant l’heure les tensions sous-jacentes d’un marché ou d’un émetteur souverain ou corporate.

Dans cet article, nous vous proposons un décryptage complet, rigoureux et accessible de cet instrument, et en particulier du CDS France 5 ans : fonctionnement, usages, avantages, risques, ainsi que les méthodes d’interprétation des spreads pour en tirer de réels signaux de marché.

Cette page est mise à jour chaque semaine, pour tenir compte de l’évolution des données. N’hésitez pas à me contacter : contact@epargnebourse.fr pour me demander des précisions me faire des commentaires ou même pour me demander de publier d’autres données dans cet article. Je réponds à tous mes messages et c’est toujours un vrai plaisir d’échanger avec vous.

Commençons par analyser ce que nous dit le CDS France à 5 ans cette semaine.

Evolution hebdomadaire du CDS France (valeur en points de base)

Dernière publication : séance du jeudi 13 août 2026. Période analysée : du lundi 10 au jeudi 13 août 2026 (4 séances), comparée à la clôture du vendredi 7 août.

Le CDS souverain français à 5 ans termine à 30,74 points de base, contre 31,11 pb une semaine plus tôt, soit un repli de 0,37 pb (−1,2 %). L’amplitude se limite à 0,25 pb, entre un plus haut à 30,99 pb le lundi et un plancher à 30,74 pb atteint dès le mardi, puis reconduit à l’identique pendant trois séances. Cette immobilité tient autant à la faible liquidité estivale qu’à la nature du marché : sur les dérivés de crédit souverain, le prix affiché relève souvent de la cotation indicative. Concrètement, assurer 10 millions d’euros de dette française contre le défaut coûte 30 740 € par an, soit une probabilité de défaut implicite de 2,53 % à horizon cinq ans en retenant l’hypothèse de marché standard d’un recouvrement à 40 %. Rapporté au pic local du 23 juillet (32,24 pb), le contrat a rendu 1,50 pb ; rapporté au creux du 16 juin (26,99 pb), il reste 3,75 pb plus haut. Depuis le 1er janvier, la variation nette est de +0,75 pb seulement.

Graphique du CDS France 5 ans

Évolution sur 2 ans

Prenons du recul et analysons les données depuis début 2024.

Depuis la dissolution de juin 2024 et la longue séquence d’instabilité gouvernementale qui a suivi, le CDS français n’est jamais revenu vers ses niveaux d’avant-crise.

Le 14 août 2024, le CDS France valait 33,96 pb. Il vaut 30,74 pb aujourd’hui, soit un repli de 3,22 pb (−9,5 %) en deux ans. Le parcours a pourtant été violent. Le contrat culmine à 45,99 pb le 9 avril 2025, au plus fort du choc. Un épisode de risk-off global certe mais amplifié par des facteurs biens Français. Avant cela, la censure du gouvernement Barnier l’avait porté à 41,91 pb le 3 décembre 2024, prolongeant la dérive ouverte par la dissolution de juin 2024, qui avait fait passer le CDS de 24,00 pb le 7 juin à 31,47 pb début juillet. Les deux dégradations de 2025 ont produit une réaction mesurée : 33,98 pb le jour de la décision de Fitch (12 septembre 2025), puis 38,33 pb en fin de mois, et 37,97 pb à la mi-octobre après le passage de S&P à A+. Puis le marché a intégralement digéré : fin 2025 à 29,99 pb, creux à 22,75 pb le 26 février 2026, avant la remontée du printemps (35,47 pb le 27 mars 2026) et la stabilisation actuelle. Les moyennes annuelles confirment cette normalisation : 25,67 pb en 2023, 29,24 pb en 2024, 35,51 pb en 2025, mais 28,41 pb en moyenne depuis janvier 2026. Il faut aussi replacer ces niveaux dans l’histoire longue : le CDS France a touché 245,27 pb le 25 novembre 2011 au plus fort de la crise des dettes souveraines.

Le marché du crédit ne dit rien, aujourd’hui, qui ressemble à une inquiétude de solvabilité, seulement une montée du risque.


Ou suivre l’évolution des Cds France

Cet article de epargnebourse.fr est mis à jour chaque semaine avec les CDS pour la France. Si vous avez besoin de suivre l’évolution au jour le jour, mais sans analyse, vous pouvez utiliser la page dédiée de Boursorama. Vous y trouverez les cours des principaux CDS France, Allemagne, …

Autres données liées

Si l’analyse des obligations souveraines vous intéressent, vous pouvez aussi consulter :

Conclusion Prime de risque et spreads de taux

C’est la comparaison des deux thermomètres qui livre l’information. Le 14 août 2024, le spread OAT-Bund valait 73,1 pb pour un CDS à 33,96 pb, soit un rapport de 2,15. Le 13 août 2026, le spread est à 80,3 pb pour un CDS à 30,74 pb, soit un rapport de 2,61, et 2,70 en intégrant la clôture de vendredi à 83,0 pb. Dit autrement : le CDS se situe à 34 % de son amplitude des deux dernières années, quand le spread OAT-Bund se situe à 86 % de la sienne. La corrélation des variations quotidiennes entre les deux indicateurs n’est que de 0,42 sur deux ans. Le surcoût que la France paie aujourd’hui n’est donc pas une prime de défaut : c’est une prime de duration, d’offre et de valeur relative.

En effet, un investisseur peut être absolument certain d’être remboursé mais refuser malgré tout d’acheter, simplement parce qu’il redoute que le titre perde X % de sa valeur dans les six mois.

La confirmation la plus nette est arrivée cette semaine, avec un écart France-Italie porté à un record de +8,8 pb alors même que le CDS français est inférieur de près de 10 % à son niveau d’il y a deux ans. Le marché ne doute pas que la France remboursera ; il exige d’être mieux payé pour porter un déficit qui reste le plus large de la zone euro, une charge d’intérêts en hausse de plus de 18 % au premier semestre 2026, un calendrier d’adjudications d’automne chargé, et une BCE qui, avec un taux de dépôt remonté à 2,25 % depuis le 17 juin, a retiré son amortisseur.

Pour l’investisseur actions, la mécanique est inchangée : un taux sans risque domestique au-dessus de 4 % relève le WACC (Weighted Average Cost of Capital), ou coût moyen pondéré du capital de tous les émetteurs français, comprime la prime de risque actions à multiples constants, et pénalise en priorité les secteurs à duration longue ainsi que les banques, doublement exposées par leur coût de ressource et leur portefeuille de titres d’État. Un différentiel de prime souveraine qui se creuse contre la France et se resserre en faveur de Rome et Madrid reste un vent contraire relatif pour le CAC 40 face au FTSE MIB (Italie) et à l’IBEX 35 (Espagne).

Pour approfondir l’analyse des écarts de taux souverains européens et de leurs implications pour les marchés financiers, consultez notre étude dédiée sur les spreads de taux : Spread de taux France-Allemagne et Europe.

L’analyse des CDS se termine. Si vous avez besoin de solidifier vos connaissance, je vous invite à lire la suite de l’article.

Vous trouverez aussi une section FAQ consacrée aux CDS (swap de credit) et en particulier aux CDS France 5 ans.

Passons donc aux explications de ce que sont les CDS. Avec un client d’oeil à l’excellent film « The Big Short », et en particulier à la façon dont Margot Robbie explique les MBS et les subprimes.

CDS France expliqué
CDS France expliqué

Qu’est-ce que le CDS France à 5 ans

Le CDS France à 5 ans est l’un des indicateurs les plus suivis pour évaluer le niveau de risque perçu par les marchés à l’égard de la dette souveraine française. Il s’agit d’un outil utilisé à la fois pour se couvrir contre un défaut de paiement et pour spéculer sur l’évolution du risque pays. Mais concrètement, que mesure-t-il, pourquoi la maturité 5 ans est-elle centrale, et que peut-on en tirer comme information sur la santé budgétaire de la France ?

Définition d’un Credit Default Swap (CDS)

Un CDS (Credit Default Swap) est un contrat financier entre deux parties. L’acheteur du CDS paie une prime périodique au vendeur en échange d’une protection contre un événement de crédit (comme un défaut de paiement) lié à un émetteur — ici, l’État français. Si un tel événement survient, le vendeur indemnisera l’acheteur pour couvrir les pertes.

En pratique, le niveau du CDS (exprimé en points de base) reflète le coût annuel de cette assurance. Par exemple, un CDS à 34 signifie qu’il faut payer 34 000 € par an pour couvrir 10 millions € de dette française sur 5 ans. Ce niveau est donc un indicateur direct du risque perçu par les investisseurs.

Pourquoi la maturité 5 ans est-elle la plus suivie

Parmi toutes les échéances disponibles (1 an, 3 ans, 10 ans, etc.), la maturité 5 ans est la référence du marché. Elle représente un compromis optimal entre court terme et long terme : assez proche pour refléter les tensions budgétaires actuelles, mais assez éloignée pour intégrer les tendances structurelles de la trajectoire financière d’un pays.

Les CDS à 5 ans sont aussi les plus liquides, ce qui en fait une métrique de marché fiable. C’est sur cette échéance que les grands investisseurs institutionnels (assureurs, hedge funds, banques) se positionnent généralement pour se couvrir ou exprimer une opinion sur le crédit souverain.

Ce que le CDS nous dit sur la santé financière de l’État français

Le niveau du CDS France à 5 ans peut être interprété comme une prime de risque exigée par le marché pour prêter à l’État. Une hausse du spread traduit une perception accrue du risque de défaut ou de tension budgétaire — souvent en lien avec des facteurs macroéconomiques, des déséquilibres publics ou des événements politiques.

À l’inverse, une baisse du CDS reflète une amélioration perçue de la solvabilité française. Comparé à ses voisins de la zone euro, le CDS France est également un baromètre de confiance relative : un écart croissant avec l’Allemagne, par exemple, signale une dégradation spécifique de la signature française.

Pourquoi suivre le CDS France

Le Credit Default Swap à 5 ans sur la France n’est pas réservé aux desks obligataires ou aux gestionnaires institutionnels. Pour tout investisseur ou trader actif, il constitue un indicateur avancé de risque souverain, souvent plus réactif que les marchés obligataires ou actions. Suivre son évolution permet de capter les prémices d’un stress financier, de mieux comprendre le pricing du risque pays, et d’anticiper les mouvements sur d’autres classes d’actifs.

CDS et stress financier en zone euro

Historiquement, les CDS souverains ont servi de thermomètre du stress systémique, en particulier pendant la crise des dettes souveraines de 2010-2012. Lorsque les CDS des pays périphériques (Grèce, Italie, Portugal) se sont envolés, ils ont signalé la défiance des marchés bien avant que les taux à 10 ans ne s’ajustent violemment.

Aujourd’hui encore, une hausse brutale du CDS France peut refléter une inquiétude grandissante sur la soutenabilité budgétaire, la stabilité politique ou une contagion régionale. Le CDS agit alors comme une alarme précoce, bien avant que les spreads ou les marchés actions ne corrigent significativement.

CDS comme signal avant les marchés actions

Les CDS peuvent également offrir un signal d’alerte en amont des indices boursiers.

En période d’incertitude, une divergence entre le CDS et le CAC 40 peut indiquer un décalage de perception entre le marché du crédit et celui des actions — une opportunité d’anticiper un réajustement. À ce titre, les traders macro ou multi-actifs suivent ces écarts de très près.

Comparaison avec le spread OAT-Bund : avantages / limites

Le spread OAT-Bund (écart de taux à 10 ans entre la France et l’Allemagne) est un autre indicateur couramment utilisé pour mesurer le risque souverain. Mais il présente plusieurs limites par rapport au CDS :

  • Il est influencé par la liquidité relative des marchés obligataires et les flux de portefeuille.
  • Il peut être distordu par la politique monétaire de la BCE (quantitative easing, réinvestissements ciblés).
  • Il n’intègre pas toujours le risque de défaut pur, contrairement au CDS.

Le CDS France offre donc une mesure plus directe et souvent plus réactive du risque perçu, notamment en période de tensions. Toutefois, croiser les deux indicateurs permet une lecture plus fine : un CDS qui monte sans mouvement du spread peut indiquer un risque politique spécifique ou un choc anticipé par les marchés dérivés.

Un particulier peut-il trader les CDS ? Si oui, comment ?

Théoriquement oui, mais …

Les Credit Default Swaps (CDS) sont des produits dérivés de gré à gré (OTC) conçus à l’origine pour les institutions financières, les banques et les hedge funds :

  • Les CDS sont des contrats bilatéraux exigeant des exigences de collatéral élevées.
  • Ils impliquent une notion de contrepartie et de risque de crédit, souvent gérée via des plateformes de clearing (ex : ICE, LCH).
  • Le nominal minimum d’un contrat CDS est souvent élevé (ex. : 5 millions d’euros sur un CDS souverain comme la France).

Dans la pratique, un investisseur particulier n’a donc pas accès directement au marché des CDS, sauf s’il dispose d’une structure professionnelle (SAS, société de gestion, family office…) et d’un compte chez un prime broker ou une banque d’investissement. L’immense majorité des particuliers ne peut donc pas trader les CDS.

Des alternatives pour les particuliers

Même si le CDS lui-même n’est pas directement accessible, un particulier peut s’exposer au risque souverain ou au stress crédit via des instruments cotés ou structurés :

  1. ETF sur obligations souveraines à haut rendement ou à risque
    • Exemple : ETF sur les dettes des pays périphériques, ou sur les obligations des pays émergents.
  2. Produits dérivés sur taux et spreads souverains
    • Certains brokers proposent des CFD ou des futures sur les taux européens ou le Bund, permettant d’exprimer des vues relatives (type spread OAT-Bund).
  3. Obligations d’État à haut rendement / fonds obligataires à thème
    • Acheter ou shorter un fonds exposé à des obligations françaises ou européennes pour capter indirectement l’évolution du risque crédit.

FAQ CDS France

Que signifie une hausse du CDS France ?

Une hausse du CDS France à 5 ans indique que les marchés perçoivent un risque accru de défaut de l’État français. Cela reflète une perte de confiance liée à des facteurs économiques (dette, déficit) ou politiques (instabilité, élections).
En clair : plus le CDS monte, plus il est cher de s’assurer contre un défaut, ce qui peut précéder une hausse des taux souverains ou une tension sur les actifs français.

Le CDS France peut-il prédire une crise ?

Pas à lui seul, mais une hausse rapide et durable du CDS France est souvent un signal d’alerte. Elle peut précéder des tensions sur les marchés obligataires, voire une crise de confiance plus large.
Historiquement, les CDS ont parfois anticipé des chocs financiers, avant même les marchés actions ou les spreads souverains.

Où trouver les données du CDS France à 5 ans ?

Les données du CDS France à 5 ans sont publiées chaque semaine sur epargnebourse.Fr

Quelle différence entre CDS et spread de taux ?

Le CDS est un contrat d’assurance contre le défaut d’un État, coté sur un marché de dérivés. Le spread de taux (ex. : OAT-Bund) mesure l’écart de rendement entre les obligations d’un État et une référence (souvent l’Allemagne).
En résumé :
Le CDS reflète le risque perçu de défaut pur.
Le spread reflète à la fois ce risque et les conditions de marché (politique monétaire, liquidité, etc.).
Ces deux indicateurs sont complémentaires, mais le CDS est souvent plus réactif en période de stress.

Le CDS France est-il un bon indicateur de trading ?

Oui, dans certains contextes.
Le CDS France peut servir d’indicateur avancé en période de tension : une hausse brutale peut précéder une correction des marchés actions ou une dégradation des obligations souveraines.
Cependant, ce n’est pas un signal de trading isolé : il doit être analysé avec d’autres indicateurs (spreads, volatilité, flux).
En bref : utile pour détecter un stress latent, mais pas suffisant seul pour prendre position.

A vous de jouer !

Cet article touche à sa fin, et j’espère qu’il vous a apporté des pistes de réflexion intéressantes. Si vous l’avez trouvé utile, n’hésitez pas à le partager en un clic :

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