Modifié le 3 août 2026 par epargnebourse.fr
Dans cet article, je vous livre chaque mois un comparatif de l’Inflation en Europe, avec un focus sur la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. Mais aussi l’analyse des données sous jacentes, les indices CPI et CPI coeurs.
Si vous avez des questions ou des commentaires sur cet article, n’hésitez pas à m’écrire à contact@epargnebourse.fr
Contenu de l’article
Sources de données
Cet article est constitué à partir de données que je télécharge sur les sites de la Fed et d’Eurostat.
Cet article intègre les données communiquées :
- Le 13 Février, pour les Data des USA de Janvier 2026.
- Les 31 Juillet, pour les donnée flash de la Zone Euro de Juillet 2026.
Comparaison de l’inflation en Zone Euro et USA
Avant de regarder le détail au sein de l’Europe et de la zone Euro commençons pas comparer l’évolution de l’inflation :
- en zone Euro
- et aux USA

L’inflation de la zone euro est remontée à 2,9 % en juillet 2026, après 2,8 % en juin, selon l’estimation rapide d’Eurostat. Le mouvement est modeste en apparence, mais sa composition est instructive : l’énergie affiche à elle seule une hausse de 10,0 % sur un an, contre 8,5 % en juin, tandis que l’alimentation poursuit son reflux (1,2 % après 1,5 %) et que les biens industriels restent atones (0,9 %). Autrement dit, la remontée de l’indice général ne traduit pas un réveil généralisé des prix, mais la répercussion d’un choc d’offre importé né du conflit au Moyen-Orient et des perturbations dans le détroit d’Ormuz depuis fin février.
Le point de vigilance se situe ailleurs. L’inflation sous-jacente est remontée à 2,5 %, contre 2,4 % en juin, et les services se tendent à 3,3 %. C’est précisément le signal que la BCE redoute : la diffusion du renchérissement de l’énergie vers les coûts de transport, d’assurance et de main-d’œuvre. L’écart de 0,4 point entre inflation totale et sous-jacente reste contenu, mais il n’a plus le caractère mécanique et transitoire qu’on lui prêtait au printemps.
Rentrons dans le vif du sujet de ce comparatif de l’inflation en Europe.
Comparatif de l’inflation en Europe : France, Allemagne, Italie, Espagne
Les six graphiques ci-dessous montrent l’évolution des taux d’inflation. Ils couvrent l’union Européenne à 27, la zone Euro (à 19 pays) et chacune des quatre plus grandes puissances économiques de la zone.
Inflation Europe par pays
Ces graphiques du comparatif de l’inflation en Europe sont dynamiques :
- Sur PC, vous pouvez passer le pointeur de souris pour visualiser les données
- Sur smartphone et tablette, vous pouvez toucher les graphique pour afficher les valeurs.
Sur un an, la photographie s’est nettement recomposée. L’Union européenne à 27 affichait 2,9 % en juin 2026, contre 2,3 % un an plus tôt, avec un pic à 3,3 % en mai. La zone euro suit la même trajectoire, mais l’agrégat masque des écarts nationaux qui se sont creusés.
L’Allemagne est passée de 1,9 % en juillet 2025 à 2,8 % en juillet 2026, avec un parcours en dents de scie : accélération à 2,9 % en avril, détente à 2,4 % en juin, puis rechute. Son industrie énergo-intensive et sa dépendance au gaz importé la rendent structurellement sensible au choc. La France reste la plus modérée des quatre grandes, à 2,4 % contre 0,9 % un an plus tôt, presque une triplement, mais depuis un point de départ exceptionnellement bas, protégé par le poids du nucléaire dans le mix électrique et par les mécanismes de lissage tarifaire.
L’Italie a connu la rupture la plus brutale : de 1,5 % en février à 3,2 % en mai, avant un reflux à 2,9 % en juillet. Son appareil productif, très exposé aux hydrocarbures importés et au fret maritime, a absorbé le choc sans amortisseur. L’Espagne, enfin, est la seule à ne jamais s’être retournée : 3,8 % en juillet, plus haut de la séquence, portée par un marché du travail dynamique, une croissance supérieure à la moyenne européenne (+0,7 % au deuxième trimestre) et une inflation des services alimentée par le tourisme. La dispersion entre le point bas français et le point haut espagnol atteint désormais 1,4 point, un défi hélas classique pour une politique monétaire unique.
Avant de passer aux analyses des CPI, visualisons le graphique de l’inflation et de l’inflation coeur au sein de la zone Euro.
Inflation et inflation coeur en zone Euro
Ce paragraphe porte sur les donnée flash de Février pour la zone Euro..
L’inflation coeur en Europe (aussi appelée inflation sous jacente) correspond à l’inflation qui ne prend pas en compte les prix des logements, de la nourriture, du tabac et de l’alcool.
Elle n’a évidemment pas beaucoup de sens pour la vie courante mais c’est un outil pour aider à comprendre si la pression sur les prix provient de l’augmentation des coûts des matières premières, de l’immobilier ou des salaires.
Le graphique des douze derniers mois raconte une histoire en deux temps. Jusqu'en février 2026, l'inflation totale évoluait sous l'inflation sous-jacente : 1,7 % en janvier et 1,9 % en février, contre 2,2 % et 2,4 % pour le cœur. L'énergie était alors en territoire négatif (-3,1 % en février) et tirait l'indice général vers le bas, pendant que les services maintenaient le socle autour de 2,2-2,4 %. C'était la configuration typique d'une désinflation aboutie.
Le conflit du Moyen-Orient a inversé la hiérarchie en un mois. Dès mars, l'énergie bascule à +5,1 %, puis +10,8 % en avril et mai. L'inflation totale grimpe à 2,6 %, 3,0 % puis 3,2 % en mai, plus haut depuis septembre 2023. La sous-jacente, elle, ne suit que partiellement — 2,6 % en mai — avant de refluer à 2,4 % en juin puis de remonter à 2,5 % en juillet.
C'est cette dernière inflexion qui compte. Tant que le cœur restait ancré autour de 2,2 %, le choc pouvait être qualifié de purement importé et donc temporaire. Sa remontée graduelle, conjuguée à des services à 3,3 %, suggère que les entreprises commencent à répercuter la hausse de leurs coûts d'intrants. La BCE parle explicitement d'effets indirects et de second tour dont l'ampleur n'est pas encore pleinement matérialisée.
Maintenant que le comparatif de l'inflation en Europe est clair, descendons un peu plus dans le détail et regardons l'évolution de l'indice des prix au mois le mois.
Indice des prix mensuel en Zone Euro
L'inflation est simplement le pourcentage d'évolution sur 12 mois d'un indice des prix. Plutôt que arrêter l'analyse à celle de l'inflation, on peut aller plus loin en observant l'évolution de l'indice des prix mensuel. Que vous soyez étudiant en économie ou investisseur/trader, je vous encourage à procéder de cette façon, cela vous évitera une analyse trop superficielle. Vous pourrez par exemple isoler les effets de base. Et vous pourrez vous faire plaisir en écoutant les commentaires parfois absurdes de certains journalistes qui se contentent de commenter l'inflation sans jamais regarder les indices CPI.
Le graphique suivant nous donne l'évolution du CPI en Europe. Il permet une comparaison rapide et facile des CPI Europe, CPI EU, CPI Germany, CPI France,CPI Italy, CPI Spain.
Sur ce graphique, nous voyons que la totalité des CPI analysés sont en hausse sur le mois de Février 2026. Il s'agit là d'une mauvaise nouvelle. L'inflation se "calme" donc surtout grâce à un effet de base.
Continuons ce comparatif de l'inflation en Europe en examinant l'évolution des CPI coeur.
Indice des prix coeur en Zone Euro
L'autre CPI à analyser est celui des données dites cœur. Ce sous les données de prix hors énergie, hors alimentation, hors alcool, hors tabac. Ces données sont certes déconnectées de ce que nous vivons en tant que consommateur, mais l'objectif est de neutraliser les effets externes des cours des matières premières (énergie, ...) et de l'immobilier.
C'est aussi un moyen de mesurer l'impact sur les prix des hausses de salaires. Ce qui permet aux banques centrales de constater a quel point une boucle (ou cercle vicieux) prix/salaires/prix est entrain de se mettre en place ou non.
Le graphique suivant nous donne l'évolution du CPI coeur en Europe.
Reculer à l'été 2023 permet de mesurer le chemin parcouru — et de constater qu'il forme désormais une boucle. À l'époque, l'inflation harmonisée dépassait 5 % en zone euro et près de 6 % dans l'Union, avec des écarts nationaux considérables : autour de 6,4 % en Allemagne, 5,7 % en France, 5,5 % en Italie, mais déjà 2,4 % en Espagne, qui avait pris de l'avance dans la désinflation grâce à ses interventions précoces sur les prix de l'électricité. Le cœur de l'inflation culminait alors au-dessus de 5 %, séquelle de la crise gazière post-2022 et des tensions sur les chaînes d'approvisionnement héritées de la pandémie.
La deuxième phase, de 2024 à début 2026, est celle de la normalisation. L'énergie devient déflationniste, l'alimentaire décélère, les salaires rattrapent progressivement les prix sans déclencher de spirale. La zone euro touche le fond du cycle autour de 1,7 %-2,0 % entre mi-2025 et février 2026, avec une France durablement sous 1,5 % et une Italie proche de 1,5 %. C'est la période où la BCE achève son cycle de baisses et où les marchés actions européens s'installent dans une phase de réévaluation.
La troisième phase s'ouvre fin février 2026 avec le conflit irano-américain. Le Brent, parti d'environ 70 dollars, dépasse 110 dollars fin mars avant de refluer vers 90 dollars fin juillet, puis sous 85 dollars début août à la faveur des signaux de désescalade. La fermeture épisodique du détroit d'Ormuz, par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial, a suffi à faire remonter l'inflation de plus d'un point en trois mois. Sur trente-six mois, le message est donc double : le socle domestique de l'inflation a bien été maîtrisé, mais l'Europe reste aussi vulnérable qu'en 2022 à un choc d'approvisionnement extérieur. La convergence sous-jacente entre pays, en revanche, s'est nettement améliorée : l'écart type des taux nationaux est bien inférieur à celui de 2023.
Conclusion Inflation Zone Euro
Sur le plan macroéconomique, le diagnostic est celui d'un choc exogène en voie de résorption, mais non purgé. La BCE a relevé son taux de dépôt de 25 points de base le 11 juin — sa première hausse depuis 2023 — pour le porter à 2,25 %, avant de marquer une pause à l'unanimité le 23 juillet, tout en reconnaissant que certains gouverneurs plaidaient pour un tour de vis supplémentaire. Les projections de l'Eurosystème ne ramènent l'inflation à 2 % que fin 2027. La réunion de septembre constitue donc un point de bascule crédible, dont l'issue dépendra moins des chiffres d'inflation eux-mêmes que de la trajectoire du baril et de la tenue des négociations avec Téhéran. Un maintien durable du Brent sous 85 dollars désamorcerait largement l'effet de base dès l'automne ; un retour au-dessus de 100 dollars rendrait la hausse quasi inévitable.
Le contexte de croissance offre à la BCE une marge inconfortable. Le PIB de la zone euro a progressé de 0,4 % au deuxième trimestre et le chômage reste stable à 6,3 % : ni surchauffe, ni récession. Resserrer davantage pénaliserait une reprise fragile alors que le renchérissement de l'énergie ampute déjà les revenus réels des ménages, le rendement du Livret A ramené à 1,70 % au 1er août, inférieur à l'inflation française, en fournit une illustration concrète pour les épargnants.
Du côté des marchés actions, le paradoxe mérite d'être souligné : les indices européens ont ignoré le choc inflationniste. Le Stoxx 600 a signé au deuxième trimestre sa meilleure performance depuis fin 2020 (+10 %) et évolue à proximité de ses records, le CAC 40 s'est hissé au-dessus de 8 500 points, le DAX progresse sur des sommets. Trois moteurs expliquent cette déconnexion apparente. D'abord, une saison de résultats solide : Safran a relevé ses objectifs après un bénéfice net en hausse de 21 %, Schneider Electric, L'Oréal, Bouygues, Orange et Amundi ont dépassé les attentes, tandis que Adidas, sanctionné de plus de 11 %, rappelle que la sélectivité prime. Ensuite, la rotation vers les secteurs bénéficiaires du choc : énergie, défense, ressources de base et financières, ces dernières profitant mécaniquement de taux plus élevés. Enfin, l'entraînement des valeurs technologiques américaines, dont le cycle d'investissement en intelligence artificielle continue de soutenir le sentiment global.
Cette configuration appelle néanmoins deux réserves. La première tient à la valorisation : un marché proche de ses records avec une BCE au biais restrictif offre peu de coussin en cas de mauvaise surprise sur le baril ou sur la sous-jacente. La seconde tient à la marge des entreprises : tant que le renchérissement de l'énergie reste absorbé par les producteurs, il pèse sur les résultats sans nourrir l'inflation ; s'il est répercuté, il alimente l'inflation mais préserve les marges. Les deux scénarios ne peuvent pas être favorables simultanément, et les chiffres de services à 3,3 % suggèrent que la répercussion a commencé. Les secteurs à faible pouvoir de fixation des prix : distribution, biens de consommation courante, transport. Et les entreprises fortement endettées sont les plus exposés à cette séquence, tandis que l'énergie, la défense et les infrastructures conservent un profil de couverture naturelle.
La BCE doit encore une fois vivre avec ces contrastes et même ces contradictions, elle sait le faire.
A vous de jouer !
Cet article touche à sa fin, et j’espère qu’il vous a apporté des pistes de réflexion intéressantes. Si vous l’avez trouvé utile, n’hésitez pas à le partager en un clic :
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